C'est beau, c'est vrai, c'est juste... A lire pour comprendre le plus grand festival de théâtre de rue de l'intérieur...
"Fin d'Aurillac. 
Question rituelle : Alors , ça s'est bien passé pour vous ? 
Réponse habituelle : oui, ça s'est bien passé. 
 
Et chacun ment , on le sait bien. 
Annibal casse sa remorque, Les souffleurs, deux pannes de générateur en pleine forêt,  Royal se prend la foudre et annule, un jour où c'est payant... etc. 
Mais c'est comme ça , c'est un rituel français 
ça va, tu réponds oui ça va. 
 
 
 Donc j'essaye tant bien que mal de répondre à la question "alors comment ça s'est passé pour vous ?

 

 
1- La Wifi 
 
 Aviez vous la wifi ?  mais oui sans wifi, tu meurs. C'est le critère à gros coefficient. 
Au premier pensionnat , celui de Saint Joseph, 
une prise ethernet par chambre,  fallait pas oublier le câble 
A l'hôtel des parasols, à Polminhac,  Raymond  le patron venait de s'équiper en livebox orange pro , le code  : JMS 37SF814PF37JLC44TL923PS74
si on l'examine bien,le code, on découvre en filigrane JMS (n'est ce pas Songy ?)   et SF  (Filloque)    PF je crois voir Freslon etc.  JLC  facile, TL 92, c'est Annibal, et 3PS 74,c'est bizarre, cela ressemble aux 3 points de suspension.
 
 
 
2-  Catherine 
 
 
Nos Haïtiens avaient traduit Cattering, par Catherine, 
donc Chez Catherine, c'était les soirs, on devait montrer son code barre 
Excellent. De tout , toujours du choix,  des tables extérieures. ouvert jusqu'à une heure du matin. 
 
Pendant les préalables on avait un repas offert par la mairie du lieu , 80 % des fois sympa, ou à Aurillac, dans cinq restaus  avec le code barre. Bien. 
 
 
3- Le café du matin 
 
 
Un des immenses problèmes que le Ministère de la Culture devrait régler. 
Au pensionnat, on recevait chacun 2,50 € pour  prendre le ptit déj  à l'extérieur. 
Mauvaise note. 
Alors on installait des cafetières en chambre, mais dans la chambre de celui qui se réveille tôt, et qui voit tout le monde débarquer etc. 
Ah c'est le gros problème, 
et le café label rouge, robusta est une catastrophe. 
Donc ça c'est mal passé pour moi, car à l'hôtel
j'ai renversé mon café sur le lit, énorme tâche marron en plein milieu, je suis mal,  ridicule, ils vont croire que je fais de l'incontinence. 
Donc je décide de laver le drap dans la douche, mais il ne sèche pas assez vite, je refais le lit mouillé pour qu'ils ne  voient rien, mais ils l'ont remarqué, le Raymond désormais  me dit à peine bonjour, il n'apprécie pas mes auréoles, ni mon chien. 
SVP ne racontez pas ça à Marie Jo 
 
 
4-  T'habites où ? 
 
 
 
Marie jo, comme nous étions voiturés,  nous a logé pendant le festival aux Parasols, à 11  kms d'Aurillac. 
Nous sommes dix dans l'équipe, 2 séniors et 8 haïtiens dans la force de l'âge. 
 
Alors bien -sûr,  le minibus du retour même à minuit ne les a pas du tout séduits. Ils voulaient vivre Aurillac by night. 
Ils se sont vite trouvés  un Haïtien d'Aurillac, chez qui ils ont squatté, puis dès le premier soir du festival  ils ont pris comme chambres les loges du théâtre d'Aurillac. 
Impeccable pour eux, douches, toilettes, machine à café et à thé. N'en parlez pas au directeur du théâtre. 
 
 
 
5-   La météo 
 
On ne peut accuser l'organisateur, n'empêche que c'est ridicule d'avoir choisi Aurillac pour faire un festival de théâtre de rue. 
 
On a d'abord eu le soleil.  Impossible de jouer à 15 H.  
Nous on joue à l'intérieur d'un cercle de 10 mètres, le public veut de l'ombre, alors le spectacle préparé pour un cercle se joue en frontal, c'est ridicule.
Il fait 34°C, c'est la folie. 
Jean Marie doit arroser  les 1500 personnes du gradin du Royal de Luxe, ça met de l'ambiance, les gens lèvent la main pour goûter au jet salvateur.
Ensuite c'est la pluie, même pire, la grêle, affolement, tout est annulé sauf la Cie Off qui joue sous chapiteau,   Chez Royal Courcoult tend son verre au ciel pour avoir des glaçons pour son pastis. 
Les haïtiens parcourent le chemin des loges à la place du square en chantant "on va jouer sous la pluie". On va jouer finalement sous un porche, on n'a que 50 personnes, mais le son est excellent. 
Je suis fier, nous n'avons jamais annulé.
 
 
6- La pollution sonore
 
 
L'ennemie suprême de ceux qui jouent sans sono. 
Un off off off nous détruit une représentation en s'installant à côté de nous avec une sono puissante, personne ne réussit à l'arrêter. 
Justement le jour où plein de pros sont là, Maud le Floch, Eléna Dapporto, etc. Ils s'en vont dès le début et nous accusent d'être des nuls. 
 
 
7 -La fréquentation
 
 
Soit il n'y en pas assez, certaines compagnies peinent à faire le cercle, mais pour les compagnies officielles c'est la folie. 
Pour les séances gratuites de Royal,  qui ont lieu à 17 H, la queue commence à midi ! 
A 15 H il y a déjà 900 personnes qui attendent, à 16 H, ils ouvrent les portes, c'est blindé. 
Annibal se retrouve avec plus de 800 personnes une heure avant. 
Pour nous, nous avons vécu une séance avec plus de 500 personnes ; à voix nue, cela ne passe pas, on double les textes, pour que chacun puisse entendre un peu. 
 
 
8- Les manches
 
 
C'est 2 €  par personne la moyenne.  Nos acteurs Haïtiens  trouvent ça humiliant, mais nous devons les faire vivre pendant 44 jours.  Alors c'est obligé. Résultat final : 5033,78 € pour 20 représentations. 
La meilleure manche : 444, 64 €
Tous les jours je pars à la banque avec des sacs de 5 Kgs de pièces.  
 
 
9-   L'ouverture solennelle
 
 
Je suis pour le rituel d'ouverture. Là, tout a foiré, magnifiquement foiré. On ne peut accabler les réalisateurs, mais les problèmes techniques de ces spectacles jetables, c'est l'horreur. Nos acteurs ont participé avec un poème. 
N'empêche qu'en mutualisant les moyens de douze compagnies comme nous l'avions fait avec la Franc comtoise de rue, à Chalon, on devrait obtenir de meilleurs résultats. 
 
 
 
 
10-  L'atmosphère interne
 
Aurillac, il y a de la pression , il y de l'enjeu. Nous étions stressés, peur de décevoir avec du théâtre de rue  à mains nues, IN avec une production à 0 cts. 
Comme j'écris tout ce que je pense, nos acteurs ont découvert ce que j'écrivais comme insanités sur eux  sur le site Unité. Séance un peu chaude, je me faisais traiter de raciste. Hervée a mis un point final  au débat :" je parle à des pros, pas à des Haïtiens, j'exige de vous -ce que j'exige de n'importe quel acteur". 
Il y avait les retards, les approximations de jeu, le non respect des consignes.  Pour eux, leur honneur était en jeu, et ils avaient très peur que le site soit découvert à Port au Prince, je leur répondais que mon honneur aussi était en jeu, et que je parlais vrai, et que je ne cachais jamais les ratages, et que je me sentais libre d'écrire. 
Peu à peu le stress a laissé la place au beau temps, la bonne humeur est revenue, avec des engueulades tout de même. Surtout sur la ponctualité, valeur absolument bannie dans leur pays. Choc des cultures.
 
 
11- le succès 
 
 
Je m'en méfie énormément.  Il y a des foules énormes pour des solos démagogiques, un public  qui applaudit à tout rompre pour n'importe quoi. 
Je sentais que cela marchait bien pour nous, mais j'avais toujours l'impression qu'il y avait de la discrimination positive, ah ces pauvres haïtiens....
On a raté le crash test d'Ayrens, le petit village où nous répétions. Public très maigre, et l'on remarque que ce qui avait un énorme impact en Haïti provoquait ici une indifférence fatale.  On a dû revoir sérieusement notre copie. 
 
 
12- la fatigue, la récupération
 
Onze jours de jeu à la suite.  Or il n'était pas question pour nos acteurs de passer à côté de la fête qu'est Aurillac.  Il fallait se transformer en coach et soigneurs  d'équipe de  football. 
Nous étions sans arrêt à la pharmacie pour acheter des pilules pour la voix. 
On n'avait pas envie de se transformer en nounous, et surveiller les nuits blanches. 
Parfois la fatigue engendrait de la mollesse dans le jeu, il fallait ressérer les boulons, nous n'avons jamais cessé de répéter. 
 
 
 
13- les  retombées pros
 
 
Je mets cinq DVD sur l'Unité en vente à la librairie pro.  Ils en vendent deux.  J'ai préparé une doc sur clef USB, personne ne m'en réclame. 
Il y a juste un collège de Toulouse qui voudrait les faire venir  pendant le festival de Ramonville.  Il y a aussi un festival bien connu qui les veut pour l'année prochaine, je dis au directeur de ce festival : faudrait d'abord que tu sois reconduit dans tes fonctions, ensuite on en discutera. 
 
 
 
14- La presse
 
 
Julien Bachellerie nous fait un bel article  d'une page complète  dans la Montagne sur "le cercueil'  pendant les préalables, juste et bien écrit. 
Pascal lebrun Cordier m'envoie un SMS à 23 H le vendredi soir : vous avez une page complète dans Libé ! 
Je crois rêver, mais c'est vrai avec une superbe photo de Vincent Muteau. 
Le Journaliste Edouard Launet a tout compris.
En bas de l'article : A noter enfin la présence de Royal de Luxe, le retour de l'époustouflante d'Emanuelle Lafon ( article déjà paru en juin2011) et la forte création d'Ad Hoc.
 David contre Goliath. 
Comme dit Larderet "d'habitude tu gueules sur Libé, et là tu me demandes de l'acheter".
Il y a en plus un bon papier de Thibaudat dans Rue 89 , lu 2785 fois. 
La récolte est stupéfiante pour le plus petit spectacle du festival officiel.  Je le vis comme une délivrance. 
Je remercie l'attachée de presse : Anne Lacombe, c'est tout de même elle qui fait le menu des journalistes.  Je remercie aussi Songy d'avoir pris le risque.
 
 
 
Alors ça s'est bien passé pour vous ?  je réponds : oui, pas mal du tout en fin de compte. "
jacque Livchine, le théâtre de l'Unité c'est toujours autre chose